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Suspiria (2018)

Mis à jour : 17 janv. 2019


Réalisation: Luca Guadagnino

Casting: Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth

Bande Originale: Thom Yorke


C’est la saison des sorcières. Ces derniers temps, nous avons pu les voir ensorceler nos écrans que ce soit dans les séries avec Les Nouvelles Aventures de Sabrina ou encore avec la dernière saison d’American Horror Story ; ou même au cinéma avec la suite des Animaux Fantastiques et maintenant Suspiria.


Suspiria est donc le nouveau film de Luca Guadagnino laissant le soleil italien de Call Me By Your Name et de The Bigger Splash pour nous montrer une école de danse située dans un Berlin sombre et glacial des années 1970. Ce film est un remake du film du même nom réalisé par Dario Argento en 1977 (voir dans les critiques rétros).

Je ne cacherais pas la crainte que j’ai eu à l’annonce de ce remake, étant très admiratif de l’œuvre originale. Mais les premières affiches et bandes-annonces ont créé en moi une véritable impatience. Au final que vaut ce film qui divise tant ?


Suspiria raconte l’histoire de Suzie Bannion (Dakota Johnson), jeune danseuse américaine qui débarque dans un Berlin en crise pour intégrer la célèbre académie de danse Markos. Elle fera la connaissance des jeunes élèves de cette école ainsi que des professeures dont la très réputée Madame Blanc. La jeune danseuse sera alors très vite confrontée à des événements étranges et terrifiants et va découvrir que cette compagnie cache de très sombres secrets.


Pour commencer il faut dire que ce film est une œuvre singulière et se vit comme une véritable expérience. Suspiria joue beaucoup avec nos sens et c’est quelque chose qu’on ne voit que trop peu au cinéma. Le réalisateur a su nous livrer une œuvre totalement différente de celle de Dario Argento de 1977 et ainsi réinventer cette histoire.

En effet, le long-métrage propose une intrigue très mystérieuse et prenante qui plonge le spectateur dans l’angoisse pendant tout le long. Mais si Suspiria nous fera peur, cela sera notamment dû à son ambiance oppressante créant en nous une véritable tension au fil des scènes. L’horreur est ici maîtrisée car il n’est pas question de faire sursauter le spectateur avec des jumpscares prévisibles et faciles.


C’est un film qui nous parle avant tout de la femme. La mise en scène se concentre sur la représentation de ces corps féminins tantôt sublimés, tantôt malmenés. Mais Suspiria se montre engagé dans la cause féministe car il montre cette compagnie de danse est montée de toutes pièces par des femmes qui ont su résister à l’oppression. La présence d’homme au casting est d’ailleurs quasiment inexistante.


Le film fait aussi écho aux diverses croyances en évoquant la religion car Suzie est issu d’un milieu très religieux et stricte dont l’enfance ne cesse de la hanter.

L’histoire de Suspiria est aussi très bien contextualisée car elle se déroule en 1977 (date de sortie du film d’Argento) dans un Berlin marqué par la Guerre Froide où différents mouvements politiques s’affrontent.


Le film est plus une réinvention du Suspiria de 1977 qu’un remake car l’histoire est assez différente et plus approfondie notamment dans le traitement des personnages. En revanche, on peut sortir troublé de la salle de cinéma car c’est un film avec certains éléments qui pourront sembler incompréhensibles (notamment la scène du dénouement arrivant à la fin un peu wtf) mais qui laisseront au spectateur une certaine liberté d’interprétation.


Le casting est assez incroyable. Si Dakota Johnson est le personnage principal, c’est Tilda Swinton qui porte vraiment le film. Elle est en effet parfaite pour son rôle avec son visage à la fois inquiétant et doux, et livre une performance démentielle. Dakota Johnson interprète aussi à merveille le personnage de Suzie avec des danses très bien exécutées. On a aussi les autres actrices comme les professeures qui arrivent à nous faire peur, mention spéciale au jeu glacial d’Angela Winkler (Miss Tanner). Le casting réserve d’ailleurs quelques surprises pour les plus attentifs, notamment avec l’apparition de Jessica Harper (actrice jouant Suzie dans le film de Dario Argento) dont la présence fut courte mais très appréciable.


Les personnages interprétés sont très bien développé. Nous avons Madame Blanc (Tilda Swinton) qui est un personnage très complexe et angoissant. Elle se comporte comme une mère protectrice avec les filles de la compagnie, c’est une femme à la fois stricte et douce qui intrigue énormément. Suzie (Dakota Johnson) évolue au fil du film et devient elle-aussi, inquiétante. La relation entre ces deux personnages va s’agrandir et nous pouvons remarquer qu’à certains passages (quand elles semblent en communion), les deux femmes se ressemblent physiquement (au niveau de la chevelure notamment).

Dans ce film, nous avons des scènes incroyables qui sont de grandes réussites de réalisation. Certains passages seront très violents et gores et ne laisseront pas le spectateur indifférent. Mais comme il l'a été dit précédemment, c’est l’ambiance du film qui fera peur car il y a une véritable tension dû au côté très sombre de l’image et aux décors oppressants. En effet, cette école de danse est composée de grandes salles très symétriques aux couleurs très fades, c’est un lieu qui cache beaucoup de mystères. Et par rapport à cette ambiance visuelle amenée par une photographie délicieuse, on s’éloigne à nouveau de l’œuvre de 1977 où les lumières étaient éclatantes montrant une forte présence de la couleur rouge. En revanche, cette ambiance très morne laisse tout de même une présence remarquée du rouge (sang, cheveux de Suzie, costume des danseuses lors de la représentations, robe de Madame Blanc à la fin, ...).


Le film est très réussi dans sa mise en scène et met en valeur des chorégraphies impressionnantes tant elles dégagent une certaine animosité. Suspiria offre aussi des plans magnifiques. Les plans sur la compagnie de danse mettent en valeur la grandeur de la bâtisse. Nous avons aussi des plans serrés sur les personnages notamment sur Madame Blanc, accentuant son aspect effrayant. Et certains mouvements de caméras accompagnant les danses sont très bien amenés.


Le film met aussi en avant un très grand travail sur les sons. On a pendant le long-métrage, des bruits de soupirs qui interviennent, élément important du film.

Un autre gros point fort de Suspiria est sa bande-originale. En effet, le film de 1977 avait marqué les esprits par sa bande-originale très envoûtante. Alors que la musique de ce remake était plutôt attendue au tournant. Au final, c’est Thom Yorke (Radiohead) qui s’est occupé de la bande-originale et qui a fait un travail très admirable. Nous avons certaines musiques chantées et d’autres qui sont accompagnées de sons terrifiants. Cette bande-originale balance entre angoisse et mélancolie et c’est une véritable réussite.


Suspiria est donc une excellente réussite mais qui divisera les spectateurs. C’est une brillante réécriture du film de Dario Argento qui n’est pas seulement un remake mais une œuvre à part, singulière, que l’on peut qualifier d’expérience sensorielle. Malgré le fait que le film soit long sans être ennuyant et qu’il contient des scènes risquant d’en déranger plus d’un, c’est un chef-d’œuvre esthétique et une œuvre mystérieuse et angoissante qui ne laissera pas indifférent. Il semblerait qu’une suite puisse voir le jour et c’est réjouissant au regard de la scène post-générique (ne partez pas trop tôt) qui suscite beaucoup d’interrogations.


Ecrit par Totole


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