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Sorry We Missed You (2019)


Réalisation : Ken Loach

Casting : Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone

Bande Originale : George Fenton



3 ans après avoir reçu la Palme d’or au Festival de Cannes pour son film Moi, Daniel Blake, Ken Loach nous dévoile son nouveau drame social Sorry We Missed You, également présenté à Cannes cette année.


Un film qui nous raconte l’histoire de la famille Turner, une famille soudée mais qui cependant connaît d’importants problèmes financiers. Alors qu’Abby, la mère, travaille dans l’aide à la personne, une nouvelle opportunité semble s’offrir à Ricky, le père, celle de devenir chauffeur-livreur à son compte. Très vite, ce nouvel emploi plus souple et plus libre en apparence va virer au cauchemar qui aura de lourdes conséquences sur toute la famille Turner.


Après son percutant Moi, Daniel Blake, nous nous attendions à retrouver la colère de Ken Loach qu’il exprime ici en critiquant les travers d’une société déshumanisée à l’ère de l’immédiateté. Si le genre de métiers critiqués dans ce film existe depuis maintenant quelques années, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec ces nouveaux emplois apparus avec l’ubérisation où l’on fait croire à une certaine liberté dans les responsabilités et dans les heures de travail. En effet, on fait croire à Ricky qu’il est libre et qu’il est son propre patron alors que nous comprenons très vite qu’il a des comptes à rendre à un supérieur hiérarchique, peu compréhensif.


Il y a un contraste explicite dans ce film entre Ricky et Abby au niveau de la profession qu’ils exercent. Ricky doit livrer ses colis le plus rapidement possible sans pouvoir prendre le temps d’avoir un contact avec ses clients, de plus il est sous l’emprise d’une machine qui dicte toute sa vie lorsqu’il est en service. A l’inverse, nous avons Abby qui est dans l’aide à domicile, elle prend le temps de discuter avec ses patients, de les laisser lui brosser les cheveux, etc. Abby nous montre un milieu professionnel très humain et enrichissant mais cependant très dur et plein de contraintes.


Sorry We Missed You est aussi un film sur la famille car le changement de vie des Turner aura des conséquences sur leur cohésion. On assiste peu à peu à une perte de la communication entre eux. Ils se voient beaucoup moins, il y a peu de moments où nous les voyons vraiment tous ensemble. Pendant tout le film, on assiste à une seule scène où nous les voyons soudés et joyeux tous ensemble. Ricky est le premier à s’éloigner de sa famille car il veut les sauver de la misère financière dans laquelle ils sont. Cependant, cela va dégrader sa relation avec son fils, Seb. Les deux ne se comprennent plus, ils ont l’impression de ne pas se connaître. Seb va d’ailleurs vouloir s’échapper de sa vie de famille compliquée en plongeant dans la délinquance.


Il y a aussi Lisa Jane, la fille, qui est un peu mise de côté mais qui comprend et l’accepte, à l’inverse de son frère, elle va vouloir se rendre utile et tout mettre en œuvre pour sauver sa famille.

La famille Turner est une famille qui n’a plus de temps. Plus de temps pour se détendre, plus de temps pour partager des moments de complicités et plus de temps pour avoir des interactions extérieures. En effet, nous suivons principalement Ricky mais les seules interactions qui apparaissent à l’écran à part celles avec sa famille sont celles avec son « supérieur » qui n’a aucune empathie pour lui mais nous comprenons plus tard qu’il est aussi une victime de ce système.


Comme dans Moi, Daniel Blake, la réalisation s’apparente au genre du documentaire où la mise en scène se montre très proche de la réalité. De plus, Ken Loach a fait le choix de mettre en scène des acteurs peu connus et leur jeu est très naturel, ce qui accentue ce côté ancré dans le réel.


Sorry We Missed You est donc une expérience très intense et désagréable car nous assistons à une descente aux enfers de ces personnages et à la destruction de cette famille victime d’une société où tout doit être fait dans l’immédiateté et où nous prenons moins le temps pour nous et pour les autres. En effet, il y a peu de moments de répit, nous voyons toutes ces tragédies s’accumuler crescendo nous mettant dans une position inconfortable.

Ken Loach nous livre ici un drame social percutant qui mérite d’être vu car il suscite une prise de conscience qui ne laissera surement pas le spectateur indifférent.


Ecrit par Totole



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